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Edgar Montana

Mon travail cherche à parler d’appartenance, d’inclusion et d’une nécessité de témoignage.

Les trois oeuvres présentées pour l’expo «(Des)Illusions» sont des témoignages de notre monde actuel.

Le tableau «5 heures» montre le nombre de refugiées traversant la méditerranée en flux continu toute les 5 heures, 24h/24 sur la période d’une année (2015).

Le tableau «Famille Rohinga» évoque la tragédie d’une famille Rohinga chassée de son pays par les militaires Birmans.

La sculpture "Black Venus" s'adresse à la pratique de MGF (mutilation génitale feminine, infibulation) dans de nombreux pays encore aujourdhui.

D’une manière générale, j’ai désiré ancrer mon travail dans la tradition des totems, explorant la nécessité archaïque de chaque être humain “d’appartenir”, nécessité exprimée depuis l’aube des temps par notre inexorable quête de sécurité.

Nous vivons dans un monde viscéralement enraciné dans un lointain passé où nos ancêtres s’abritaient dans des cavernes et des huttes de fortune. La vulnérabilité physique était alors un fait de la vie quotidienne. Dès le premier jour, l’espoir de rester en vie ne pouvait se concevoir sans se former en groupe ou en tribu. “Appartenir” était ainsi synonyme de survie.

Pour inscrire, symboliser et perpétuer ce sentiment d’appartenance ou de lien, nos ancêtres dessinèrent sur des roches, et plus tard sculptèrent des totems. Dans un milieu où se faire dévorer par une bête sauvage était un risque de tous les instants, la présence de ces objets et inscriptions procurait sans doute un sentiment de relative quiétude, même s’il n’était que symbolique.

Aujourd'hui, cette vulnérabilité archaïque est le câblage affectif avec lequel nous naissons: au fond de nous, nous sommes toujours une proie, notre cerveau reptilien perpétuant une vigilance animale incessante quant aux dangers divers qui peuvent surgir à toute instant…. simplement, aujourd’hui, bien que les ours et les tigres ne représentent plus une menace, la peur de séparation ou d’exclusion du groupe reste profondément ancrée.

Notre besoin compulsif d’approbation de soi et d’approbation sociale peut être comprise comme une expression de notre lutte primordiale d’éviter l’exclusion. Ce vécu prend souvent la forme d’une anxiété continue en arrière-plan, ou de doute de soi, ou notre trop-familière lutte pour  éviter, à toute prix, l’échec, le blâme et la honte.

Mes toiles cherchent à solliciter notre instinct archaïque “d’appartenance” par l’utilisation d’un langage “primitif” sur un support contemporain, afin d’évoquer chez l’observateur le sentiment réconfortant du lien tel que produit par les structures et symbôles totémiques.

Pour cela, j’ai adopté un alphabet pictural issu des arts premiers. En effet, nous entretenons, à travers les époques, un rapport précieux, familier et ininterrompu avec l’art primitif. L’art primitif nous parle. Il ne nous ressemble pas, mais l’on s’y retrouve. Sans se le dire, sans savoir pourquoi, il s’en dégage quelque chose de profondément sécurisant.

C’est dans la peinture sur écorce des Pygmées du basin du Congo que j’ai trouvé l’alphabet pictural que j’utilise. Leur art est très étroitement lié à leur musique, faite de motifs répétitifs improvisés en groupe, créant des surfaces détaillées et un nombre infini de variations par combinaison de différentes figures rythmiques. Ces motifs ne cessent de me faire rêver et continuent d’être une source intarissable d’inspiration.